Les Bolchéviques critiquent Basile Gadjémoukov
1919. Tandis que les armées blanches s'opposent à l'armée rouge, le territoire du Kouban tente, à l'instar de ce qui se passe en Ukraine, de conquérir son autonomie. Ekaterinodar, ville principalement peuplée de cosaques, se rêve déjà en capitale d'une région autonome, voire indépendante. Les minorités vivant sur le territoire sont appelées également à en faire partie.
Une Rada (assemblée) régionale se crée afin d'esquiver une soviétisation que le Sud de la Russie avait, jusqu'ici, évité du fait de l'audience des SR (social-revolutionnaires), frères ennemis des Bolchéviques. Ces derniers ont tout de même leurs agents dans le Kouban et leur organe de presse (la "Liberté du Kouban", Koubanskaya Volya). Dans un article daté du 24 octobre 1919, un article intitulé Les montagnards et le prince Gadjémoukov attaque Basile Nikolaévitch, qui vient d'être réélu à la Rada représentant des montagnards tcherkesses.
Voici le texte de cet article.
La vie montagnarde
Les montagnards et le prince Gadjémoukov
Tout milieu a ses amis mal venus et ses bienfaiteurs.
Tout peuple a, pourrait-on dire, ses trésors nationaux en la personne d’un Kartachev d’un genre différent.
Ces derniers ordinairement tâchent de s’attirer en les "comblant de caresses" qui de droit, de de convaincre de leur probité et de leur intégrité.
Ceux-ci sur ce qui blesse ( ? пекутся ?), "défendent" les intérêts du peuple connu d’eux seuls, incarnant en leur personne les malheurs civils.
Mais tous leurs efforts sont vains et c'est peut être pourquoi on leur donne la main par pure politesse.
C'est pourquoi ils s'occupent du « renseignement » sur le degré de « loyalisme » et « la fidélité » des personnes qui représentent proprement pour eux une taie dans l'œil ( ?) abomination ?.
La confiance des masses et la position atteinte grâce à cette confiance, pour eux est, comme dans la fable de Krylov, le raisin, que l'œil du renard au moins voyait et sa dent ne pouvait atteindre.
C'est pourquoi ils s'occupent de la rédaction « de notes » sur ce que fait un tel, ce qu’il professe comme opinions, qui est « des nôtres » et qui ne l'est pas "pour nous". Qui est sympathisant du général Denikine, qui du général Filimonov. Qui est pour la Rada et qui est pour l’armée Volontaire.
Les montagnards du Kouban n’ont pas été épargnés. Ils ont leur défenseur.
C'est de son excellence le prince Basile Nikolaévitch Gadjémoukov.
Celui-ci fait la leçon et fait entendre raison aux montagnards en qualité de descendant de la glorieuse lignée des Gadjémoukov.
Il se soucie des montagnards très jalousement, comme s’il n'attendait rien d’eux, et à cela est séparé sur chaque sentiment d’appartenance ?
A Kouban vivent des montagnards adyghés et des montagnards Karatchaïs, et Son Excellence pour eux publie un journal.
Pour les premiers – « Adygué Gazeta » en langue tcherkesse.
Pour les deuxièmes « Karatchaï » dans la langue maternelle des Karatchaïs.
Tout cela ne suffit pas :
Le prince Basile Nikolaévitch Gadjémoukov écrit en général sur les musulmans, sur le clergé musulman.
Pour les musulmans qui se tromperaient et pour ceux qui demeurent dans l'obscurité de l'ignorance, il publie un journal en arabe dont le titre « Nour » signifie Lumière.
On se rappelle qu’il y a peu, sous le même titre, le célèbre théologien musulman Boyazitov publiait à Pétersbourg un journal en langue arabe.
On doit dire quelques mots sur cet homme malheureusement peu connu parmi les musulmans.
Ataoulla Boyazitov[1], effectivement, n'était pas prince comme Gadjémoukov, mais pour autant était un fin connaisseur du Coran, la Charia, du droit musulman. Ses opinions et ses approches étaient appréciés de gens comme Vladimir Soloviev. Il fut le digne contradicteur d'Ernest Renan (à qui il a objecté avec succès par son livre « l' Islam et le Progrès ».)
Depuis quand et de quel droit le rôle d’expert ès religion musulmane est-il échut au prince Basile Nikolaévitch Gadjémoukov, c’est ce qui reste pour nous un mystère.
Il faudrait nous expliquer cela et le prince lui-même le fasse, afin que son explication soit claire, non seulement lui-même mais aussi le commun des mortels.
Mais en tout état de cause, il faut bien penser qu’il ne sera donné à personne d’« éclairer » ces montagnards sages, sur celui qui veut les duper.
Les montagnards ne peuvent pas ne pas comprendre, pour qui travaille le prince Basile Nikolaévitch et vers quel moulin coule son eau.
Ady[gu]é.
[1] Bayazitov Ataoulla Han, écrivain musulman d’origine tatare, né en 1846 dans la région de Ryazan. Ce fils d’imam étudia dans la médersa de Kassimov puis y enseigna la logique et la philosophie. En 1871 il fut élu imam par la communauté de Saint-Pétersbourg. Il fut également interprète des langue turciques (turc, tatare, nogaï) auprès du ministère des affaires étrangères et enseigna les langues turciques à l’institut des langues orientales, où Basile Nikolaévitch Gadjémoukov fera ses études et dirige la première mosquée bâtie près des bâtiments du ministère des affaires étrangères. Il donna temporairement un cours de droit musulman. Bayazitov compte parmi les rares figures qui souhaitaient adapter les principes de l’esprit du Coran pour les concilier avec la civilisation de son temps. Parmi ses nombreux essais publiés, « l’Islam et le progrès », dont il est ici question, fut édité à Saint-Pétersbourg en 1897.
Basile, dont l'activité antibolchévique constitue le coeur de son engagement dans l'armée des Volontaires de Dénikine publie en effet des journaux destinées aux montagnards. Dans son journal "Adygué", il répondra à ces attaques. Sa réponse sera publiée sur cette page prochainement.
La piraterie tcherkesse
Avant d'être des pillards parcourant à cheval des centaines de kilomètres à la recherche de butin (et d'esclaves), les ancêtres des Tcherkesses (les Kerkètes et les Zykhes) s'exerçaient en mer sur des esquifs très rapides. Je publie donc avec plaisir cet atricle du regretté Pr. Charachidzé, consacré à cet aspect intéressant de la vie circassienne.
Bonne lecture à tous !
Tableau de succession Bjédoug
En attendant la traduction promise, vous trouverez ci-joint un tableau simplifié de la succession connue des princes des Bjédougs en cliquant ICI.
Les noms en gras sont ceux des ancêtres qui se rattachent à la lignée des Hadjimoukoff.
Une carte vous indiquera les mouvements vraissemblablement effectués par les Bjédougs depuis le XVIIe siècle :
Les Peuples du Caucase de l'ouest
Tel est le titre d'un article écrit en russe et qui parut en 1910 dans un périodique scientifique. Le sous-titre mentionne : d'après les notes inédites du prince Hadjimoukov. Il s'agit effectivement d'une publication où l'on reconnaît le style de Basile Gadjémoukov, qui a utilisé vraissemblablement des notes de son père Nicolas (décédé en 1907) et a ajouté le fruit de ses propres recherches dans les ouvrages scientifiques disponibles.
L'article se compose de deux parties. Dans la première sont exposées les grandes étapes de l'histoire des Tcherkesses (Adyghés) depuis l'antiquité jusqu'au XIXe siècle. Il est significatif que, ainsi que le rapporte le texte, l'essentiel de l'historiographie de ces peuples soit l'oeuvre d'étrangers (voyageurs au Caucase, partenaires politiques, alliés, ennemis etc...). C'est ainsi : les Adyghés n'avaient pas d'écriture propre. Ils ne sentaient pas le besoin de figer par l'écrit et leur culture était essentiellement orale. Tout au plus trouve-t on les marques d'influence turque, après le XVIIe siècle et l'usage de caractères de la langue ottomane mais, là encore, on a toutes les raisons de penser que seules quelques personnes remplissaient le rôle d'écrivains publics (propablement les mollahs venus islamiser les tribus) et que l'écriture restait un fait rarissime. Aujourd'hui, la langue tcherkesse s'écrit au moyen de l'alphabet cyrillique, censé rendre la plupart des sonorités.
Ainsi, l'essentiel de la littérature consacrée au Tcherkesse est-il le fait de voyageurs étrangers. L'avantage que cela présente est qu'ils adoptent souvent un point de vue quasi-anthropologique pour décrire les lieux et les peuples et tenter de comprendre ces sociétés à la fois étonnantes et attachantes. L'incovénient réside dans les erreurs possibles d'interprétation de ce dont ils étaient les témoins, des noms ou des usages. Il convient donc de garder un oeil prudent sur ces sources.
La seconde partie de l'article se centre plus particulièrement sur l'histoire des Bjédougs et de la lignée de leurs princes, les Hadjimoukov. Si, en l'absence de source écrite indigène, la chronologie exacte est à ce jour impossible à établir, il n'en demeure pas moins que surnagent quelques personnages marquants et quelques anecdotes dont les anciens, gardiens de "l'Histoire", font mémoire.
Nouvelle découverte
Une découverte récente très importante concerne le mariage du Prince Nikolaï Nikolaevitch HADJIMOUKOFF avec Elizaveta Vassilevna Kolokoltsova (dite Babouchka ou Babulya). Après de longs efforts, l'acte de mariage (en copie) a été retrouvé dans les archives de Russie. Je n'hésite pas plus longtemps à vous en communiquer la teneur :
Le 4 juin 1875, nous soussignés, serviteurs du culte à l’Eglise de l’Ascension de Goromoulino, du district Porkhovsky du diocèse de Pskov, attestons que le praportchik de Milice le Prince Gadjémoukov Nikolaï Nikolaëvitch a épousé en notre Eglise en ce jour du 4 juin 1875 la fille du propriétaire foncier du district Lougsky de la région de Saint-Pétersbourg, capitaine de la marine du second rang Kolokoltsev Vassili Sémionovitch, demoiselle Kolokoltseva Elisaveta Vassiliëvna, et que ce mariage a été inscrit dans notre registre sous le numéro 10.
Etaient présents en tant que témoins du côté du marié, Annenkova Alexandra Karlovna la veuve du général, Pouchkarev Louka Antonovitch médecin militaire et Porokhovtchikov Alexandre Ivanovitch sous-lieutenant à la retraite. Etaient présents en tant que témoins du côté de la mariée le Général-Aide de camp Prince Alexandre Arkadiëvitch Italiïsky, comte Souvorov-Rymniksky et Brok Amalia Khristianovna l’épouse du Conseiller d’Etat actuel et du Secrétaire d’Etat Brok Piotr Fiodorovitch.
Nous, prêtre Ioänne Korolev, clerc Vassili Lekarev et sacristain Egor Lakhonsky, attestons ces faits par le sceau de l’église de l’Ascension de Goromoulino, du district Porkhovsky du diocèse de Pskov et par nos signatures.
Commentaire : les témoins montrent l'importance du milieu social dans lequel évoulaient les deux jeunes mariés,particulièrement Babouchka : le petit-fils du prince Souvorov (consultez le lien sur sa biographie), Annenkova, veuve d'un général très célèbre, était dame d'honneur de deux impératrices successives, et Brok fut un brillant ministre des finances et conseiller d'Etat (lien). Deux questions demeurent à ce jour : 1/ N.N. Hadjimoukoff s'est converti à l'orthodoxie afin de se marier. S'est-il converti dans la même paroisse ? Les recherches ultérieures le diront peut-être. 2/Pour quelle raison leur union a-t elle été célébré dans la région de Pskov, qu'aucun des époux n'habita jamais ? Peut-être en raison du lien avec A.K. Anenkova, qui possédait dans ce village une jolie datcha (lien) ou bien parce que le régiment de N.N. Hadjimoukoff aurait stationné dans les environs ?






